samedi 21 février 2026
Contact
Malijet

Moctar dit Niama Wague, assistant médical: "La santé mentale est une urgence publique"

Par Mali Tribune 986 vues
Moctar dit Niama Wague, assistant médical: "La santé mentale est une urgence publique"

Dans un pays où la maladie mentale est encore trop souvent assimilée à la folie ou à une malédiction, Moctar dit Niama Wagué, assistant médical en santé mentale à l’Office national de la santé de la reproduction (Onasr), tire la sonnette d’alarme. Manque de structures, stigmatisation sociale, méfiance envers les traitements… Il revient sur les défis quotidiens de la prise en charge psychiatrique au Mali et appelle à une mobilisation collective pour faire de la santé mentale une priorité nationale.

Mali Tribune : Pourquoi, selon vous, la société a encore du mal à reconnaître ces maladies comme de vraies pathologies médicales ?

Moctar Wagué : Parce qu’elles sont souvent associées à la honte ou assimilées à de la folie. Beaucoup de familles préfèrent cacher l’état de leurs proches par peur de la stigmatisation. Les troubles psychiatriques sont encore largement expliqués par des causes surnaturelles sorcellerie, djinns, malédictions plutôt que par des causes biologiques ou psychologiques. Reconnaître qu’il s’agit de pathologies médicales reste donc difficile pour beaucoup.

Mali Tribune : Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans votre métier ?

M.W. : Elles sont nombreuses. Consulter un psychiatre est encore perçu comme une preuve de folie, ce qui freine les familles. Amener un proche à l’hôpital psychiatrique est souvent vu comme une marginalisation. Il y a aussi le manque d’infrastructures spécialisées et de personnel formé. Enfin, les tabous autour du suicide, des addictions ou de la sexualité limitent la parole des patients et retardent leur accompagnement.

Mali Tribune : Quelles sont, selon vous, les plus grandes limites du système actuel ?

M.W. : Le retard dans la prise en charge. Beaucoup de patients passent d’abord par la médecine traditionnelle ou religieuse, ce qui aggrave leur état. Le système de santé manque de moyens : peu de centres spécialisés, peu de psychiatres, et une faible intégration de la santé mentale dans les structures de base. Cela complique le diagnostic et l’efficacité des traitements.

Mali Tribune : Est-ce que le recours aux marabouts ou guérisseurs complique la prise en charge médicale ?

M.W. : Oui, énormément. Quand les troubles sont attribués à la sorcellerie ou aux djinns, les familles consultent d’abord des guérisseurs. Ce détour fait perdre un temps précieux et retarde le diagnostic. Parfois, le patient arrive dans un état aggravé, ce qui rend le traitement plus difficile.

Mali Tribune : Que répondez-vous à ceux qui pensent que les médicaments psychiatriques rendent “plus fou” ou créent une dépendance ?

M.W. : Ce sont des croyances qui alimentent la peur et la méfiance. En réalité, les médicaments psychiatriques sont essentiels pour stabiliser les patients et améliorer leur qualité de vie. Comme tout traitement, ils doivent être prescrits et suivis par un professionnel. Le vrai danger, c’est l’absence de prise en charge.

Mali Tribune : Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités et aux familles ?

M.W. : La santé mentale doit être une priorité de santé publique, au même titre que la santé physique. Il faut investir dans les infrastructures, former du personnel spécialisé et intégrer la santé mentale dans tous les centres de santé. Aux familles, je dis : la maladie mentale n’est pas une fraude. Rejeter une personne malade, c’est l’enfoncer davantage. Leur soutien, leur accompagnement et leur amour sont essentiels à sa guérison.

Partager:

Commentaires (0)

Laisser un commentaire

Soyez le premier a commenter cet article.